28 mai 1958.

 

Maman attend le tapissier-matelassier le rendez-vous est pris depuis un an car c’est un homme très demandé.

Il s’installera dehors éventrera matelas et sommiers, sortira laine et ressorts, et de ses doigts agiles recoudra le tout.

Un gros travail qui prend la journée et réquisitionne toute l’attention de la gardienne du foyer, il faut proposer et servir le café au monsieur toute la matinée, vers midi il passe aux choses plus sérieuses, une bière sans doute, comme les mois de mai sont à cette époque « normaux » une petite sieste suivra son casse-croûte pris à l’ombre des arbres, béret de guingois il reprend le travail, maman court a droite et à gauche, elle s’agite comme une abeille, ausculte tous les lits de la maison.

L’opération de grande envergure est censée procurer à la maisonnée un sommeil parfait…

L’orage gronde au-dessus de la maison, vite l’homme de l’art termine le travail avec sa longue aiguille courbe, maman lui offre un petit remontant et prend rendez-vous pour l’année suivante.

Toute la journée j’ai ri sous cape mais en même temps je souhaitais qu’elle ne s’en aperçoive pas, c’est mon anniversaire et maman l’a oublié.

Fu est là pas le temps de passer chez vous.